La ville est, de longue date, célébrée comme une forme d’organisation spatiale qui favorise les interactions sociales. Longtemps associées à l’ouverture, au changement, à l’innovation, bref au « Progrès », ces interactions ne vont pas aujourd’hui sans poser problème. En effet, un nombre toujours plus grand de déplacements quotidiens est nécessaire pour atteindre cet objectif de mise en relation. Plus grave, l’étalement urbain se conjugue à l’éclatement du marché du travail. L’injonction de flexibilité et d’adaptabilité faite à tous les salariés, y compris ceux qui y sont les moins préparés, le développement des horaires flexibles, la fragilisation d’une partie notable de l’emploi féminin, la remise en cause de la hiérarchie des normes en matière de négociations, tout cela contribue à la segmentation, voire à la balkanisation du marché du travail. La conjonction de l’étalement urbain et de l’éclatement du marché du travail génèrent de nombreuses externalités négatives : congestion, gaspillage énergétique, pollution, mais aussi érosion de la norme d’emploi, augmentation du coût de la vie, problèmes de stress ou de santé… La non-mobilité a, depuis des décennies, fait le terreau de la précarité voire de l’exclusion mais, aujourd’hui, toutes les mobilités, qu’elles soient professionnelles et / ou géographiques, ne sont pas gratifiantes. Cette situation exige à l’évidence une réflexion renouvelée sur l’aménagement du territoire qui, certes doit faire une large part aux infrastructures et aux transports collectifs mais ne doit pas pour autant négliger l’analyse fine des transformations de l’emploi et du travail. Si le développement doit être durable, le travail doit pour sa part demeurer soutenable.
Jean-Marc Castanier, chef de service, CESR LR, animation
Guy Guyot, CFDT, rapport